La guerre était finie

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Je pose le décor : il fait trop chaud, l’orage approche.
Je pose le décor rien de plus je le pose là.
Tu es dedans
Toujours
Je pose le décor là comme ça je peux te parler
//
Je te dis que je suis allée au Ruanda en 1993. C’était l’été, la guerre était finie.
On m’a dit que la guerre était finie. J’ai écrit un rapport dans un cahier aux feuilles marron, avec des stylos de couleur différente. J’avais 17 ans. En récupérant le billet d’avion j’ai appris que collaboratrice voulait dire secrétaire. On m’a trimballée en jeep dans les avenues du colonialisme. Les routes étaient sableuses. J’ai inquiété les paysans des collines avec mes taches de rousseur ; ils croyaient que j’avais une maladie de peau atroce. Les avocats poussaient un peu partout ; l’arbre ressemble à un cerisier. Je ne t’ai pas parlé de ma peau. On m’a dit que la guerre était finie. // Tu m’as dit que ça sentait le bois frais. Je suis vieille maintenant toute ma maison est comme ça. Quand je pousse la porte l’odeur est celle de bois tendre et sucré. Tu parlais de l’étagère. Tu disais, ça sent le bois frais. (soupir) C’est moi la criminelle Moi qui aime tant les forêts Tu es parti, j’ai renversé ma tisane sur l’étagère. Là ça sentait vraiment le bois. J’ai essuyé et inspiré. Laisser vivre le bois C’est pourtant la seule vie possible // Au bout du fil rupture jour 1 Trois ans plus tard, jour X rupture X J’ai toujours dit que je n’y étais pour rien. Tu as toujours dit que tu avais toujours dit que tu n’y étais pour rien. Je n’y étais pour rien. Rien. // Je ne raconte pas cette histoire. Elle ne m’appartient pas, la fréquence d’aucun autre continent. Je ne parle pas de ma peau Je surface le monde. // Comme tu dis c’est un cas à part Hélène une voix à part ou pas baisable dans la langue des tyrans et dans celle des barbares bouche salive à l’intérieur ça gicle tu sais pas si c’est le sang ou le sperme Hashtag Grosse fatigue La guerre de Troyes a eu lieu On m’avait dit que la guerre était finie. Après un génocide techniquement c’est pas tout à fait la même chose. // Il n’y a pas de disparition quand il n’y a pas d’apparition. Tu as rêvé ma pauvre fille. Les sorcières chassent les fantômes elles possèdent et elles désossent et réincarnent Il faut courir dehors partout rouler voler dérouler les trottoirs les rues nous appartiennent Rire grand éclat de rire je pleurais en marchant dans la gare Pas de réponse, à rien La vie en suspension. // Qu’est-ce qui nous fabrique Nous Allumettes de bois d’Europe Prêtes à cramer Tu m’as dit que les flics s’étaient pointés Je te demande : ça va ? je te dis je suis là je te dis si tu as besoin Tu réponds je vais bouffer t’es sérieux là ? // La guerre elle est jamais finie Je te parle Rien // Quelle guerre // disparition // être là // pour // qui // comment //